Agora Débats/Jeunesse, N° 67/2014 (2) : Jeunes Européens : quelles valeurs en partage ? PDF

Ayant achevé sa formation à l’université d’Athènes, il vient la compléter à Paris en 1946, grâce à une bourse de l’Institut français d’Athènes alors dirigé par Octave Merlier. En 1948, il devient économiste à l’OCDE, poste qu’il occupe jusqu’en 1970. En 1958, le groupe Socialisme ou barbarie connaît une scission autour de la question agora Débats/Jeunesse, N° 67/2014 (2) : Jeunes Européens : quelles valeurs en partage ? PDF la constitution d’une organisation révolutionnaire.


À travers quatre contributions utilisant les résultats de la 4e enquête sur les valeurs des Européens menée en 2008, ce dossier s’intéresse aux réponses des 18-30 ans, à leurs espaces d’appartenance (intégrant la question du cosmopolitisme) et à leur sentiment européen dans sa dimension politique.

Le 13 mars 1964, Castoriadis tient conférence sur le thème  Marxisme et théorie révolutionnaire , et le 15 mai sur la question :  Qu’est-ce qu’être révolutionnaire aujourd’hui ? Jacques Lacan, auquel il s’opposera dès 1967. En 1968, Castoriadis se marie avec Piera Aulagnier. En 1969, il quitte l’École freudienne de Paris. Il participe à la formation du Quatrième groupe, organisation psychanalytique de langue française.

Il commence une deuxième analyse didactique avec Jean-Paul Valabrega. Castoriadis s’intéresse également à la recherche philosophique. Il meurt le 26 décembre 1997. En liant ces deux notions, il confère à la notion de création un sens radical : est création ce qui est radicalement nouveau, c’est-à-dire qui n’est pas dérivable de ce dont il procède, qui n’est pas exhaustivement déterminé par ce qui le précède. Pour autant, avec les notions de chaos et de création, Castoriadis n’entend pas nier purement et simplement tout déterminisme, comme s’il n’y avait aucune loi ni détermination dans l’agencement du monde.

Ou encore :  La non-détermination de ce qui est n’est pas simple   indétermination  au sens privatif et finalement trivial. Castoriadis s’oppose à ce qu’il nomme les  ontologies unitaires , conceptions unificatrices de l’Être qui impliquent de refuser l’idée de création ou d’altération véritable. L’ensidique, contraction d’ ensembliste-identitaire , est une notion élaborée par Castoriadis pour désigner ce qui répond à une appréhension logique, causale, dont l’exemple paradigmatique sont les mathématiques. L’être-premier, qui correspond au Chaos, à l’abîme, ou, comme le dit N. L’être psychique, ou la psyché, propre à l’humain. Elle se rapporte au concept d’imagination radicale, qui spécifie l’être humain par rapport aux autres vivants.

Celle-ci émerge au travers de ce qu’il désigne comme le  collectif anonyme . Ainsi le social-historique, en tant que participant d’une activité créatrice, échappe lui aussi à un strict déterminisme. Le sujet autonome, qui renvoie aux individus en tant que  pour-soi  réflexif, par opposition aux individus hétéronomes. Leur possible intrication renvoie par ailleurs à ce que Castoriadis appelle l’ organisation magmatique . Un aspect primordial bien que difficile à exprimer clairement, au moyen des métaphores auxquelles nous devons recourir, est la relation au temps qu’entretiennent les phénomènes socio-historiques.

Par exemple, je peux envisager d’étudier les lois, le système scolaire et les banlieues en France en septembre 2005. Par exemple je peux envisager l’étude des transports en commun en France de 1805 à 2005. Je rencontrerai probablement la nécessité de déborder de mon sujet et il serait étonnant que je n’aborde pas les transports en banlieue. Les deux approches se recouvrent l’une l’autre : en effet, note Castoriadis, en matière sociale-historique tout interagit avec tout et réciproquement, la simplification synchronique multi-sujets ainsi que la simplification diachronique mono-sujet, pour utiles qu’elles soient en première approche, ne sont pas tenables très longtemps. Les fils de mon écheveau s’entremêlent dans le temps et dans les institutions. Et le temps a justement un relief privilégié chez Castoriadis. Selon Castoriadis, l’humain se distingue des autres êtres vivants du fait de son  mode d’être  particulier, caractérisé par ce qu’il nomme  l’imagination radicale , celle-ci se rapportant à la psyché humaine et ses spécificités.

Cette défonctionnalisation de  l’imagination  humaine, et donc en l’occurrence du fonctionnement de sa psyché, Castoriadis en rapporte différents aspects. Ensuite, cette défonctionnalisation se rapporte à la capacité de l’humain à éprouver du plaisir non pas seulement par la sensation, mais aussi et surtout par le biais de ses représentations. Dieu, la patrie, la liberté, etc. L’animal homo sapiens aurait cessé d’exister, s’il n’avait pas créé en même temps, à travers je ne sais quel processus, probablement une sorte de processus de sélection néo-darwinienne, quelque chose de radicalement nouveau dans tout le domaine naturel et biologique, à savoir la société et les institutions. Cette imposition à la psyché d’un monde de signification commune, que Castoriadis désigne comme processus de socialisation, est considérée comme nécessaire en ce que l’état originel de la psyché est entièrement clos, la psyché étant alors refermée sur elle-même, ne distinguant pas son être-propre du monde extérieur, ni son désir de la réalité.

En même temps qu’elle découvre le monde, la psyché perd donc ce qui pour elle faisait originairement sens : la plénitude de l’être se suffisant à lui-même. Une fois que la psyché a subi la rupture de son « état » monadique, que lui imposent l' »objet », l’autre et le corps propre, elle est à jamais excentrée par rapport à elle-même, orientée par ce qu’elle n’est plus, qui n’est plus et qui ne peut plus être. La psyché est son propre objet perdu Cette perte de soi, cette scission par rapport à soi, est le premier travail imposé à la psyché du fait de son inclusion dans le monde. En effet, dans les activités sublimées et donc socialement valorisées, le  désir d’état  remontant au  phantasme originaire  reste une motivation puissante et trouve encore à s’exprimer.

Le processus de socialisation, soit la formation de la psyché en un individu, se poursuit via la substitution des significations privées de l’infans par des significations sociales, communes. L’individu n’est, pour l’essentiel, rien d’autre que la société. L’opposition, la polarité irréductible et incassable, est celle de la psyché et de la société. Ce processus de socialisation renvoie par ailleurs à la capacité de la psyché à la sublimation, qui pour Castoriadis n’est que la dimension psychique de la socialisation. Il souligne par ailleurs que la sublimation est possible du fait des caractères propres de la psyché humaine décrits ci-dessus.

La société humaine constitue ontologiquement un  niveau d’être  sans équivalent. Il s’agit d’un type d’être pour-soi, en ce que les sociétés résultent d’un processus d’auto-création, et donc, en l’occurrence, d’auto-institution. Par là, Castoriadis affirme que ni les institutions sociales ni les significations sociales ne renvoient à un fonctionnalisme strict :  elles ne sont ni productibles causalement ni déductibles rationnellement , et au contraire, elles correspondent à « des créations libres et immotivées du collectif anonyme concerné. L’hétéronomie est une notion centrale de la pensée castoriadienne avec laquelle il entreprend de repenser l’aliénation individuelle et collective.

L’institution imaginaire de la société, mais encore tout au long de sa vie et des différents tomes des Carrefours du labyrinthe. Il développe donc une analyse croisée de deux versants de l’hétéronomie, celle concernant l’individu, et celle concernant la société, et s’attache au-delà de leur distinction, à montrer leur inter-dépendance et leur intrication conceptuelle. Une société véritablement hétéronome est donc aussi une société qui vise et qui tend à se reproduire à l’identique, soit, en d’autres termes, une société où  l’imaginaire institué  recouvre et étouffe  l’imaginaire instituant , où les institutions fonctionnent de telle façon à ce que soit rendue presque impossible toute transformation de la société. Ces institutions sont certes les institutions religieuses, mais aussi les institutions politiques, lorsque celles-ci s’imposent à la population et que le pouvoir est concentré au sommet d’une hiérarchie sociale.