L’Art de vivre en entier PDF

Léon Gautier décrit ce qu’est la courtoisie en ces termes :  L’enseignement moral tombait aussi des lèvres de tous ceux qui entouraient le jeune baron, et il se confondait avec l’enseignement de la politesse, du maintien, des bonnes manières. Un mot résumait toute cette pédagogie élevée, un mot qui est un des plus beaux de notre langue et qui rend le même son que chevalerie et honneur : Courtoisie. Le parfum qui règne dans la façon de considérer cette entité nommée Amour a l’Art de vivre en entier PDF nombreux points communs avec la façon dont est traitée Aphrodite, dans les écrits Grecs, mais surtout Vénus dans la Rome Antique. Il est possible que cet art de vivre puise ses origines au Levant et dans la littérature arabo-andalouse, avec les Mouachah par exemple.


Ibn Dawoud, qualifié de  Boileau des Arabes  et considéré comme le  théoricien de l’amour courtois . Or, de nombreux seigneurs francs participèrent aux croisades et à la Reconquista. Au cours de ces contacts, de nombreux échanges eurent lieu entre les deux côtés. Mais, de façon plus générale, la recherche des origines, pour utile qu’elle soit, risque de faire perdre de vue l’originalité du phénomène qui émerge alors, l’amour et les hommes dont il est question dans ce sujet étant universels, cette façon d’aimer peut se retrouver de tout temps et partout, à la condition de vivre en temps de paix et de sérénité généralisée. Valve de miroir : scènes courtoises, musée du Louvre. Il existe différentes écoles quant à l’interprétation de l’amour courtois. Ailleurs, il a été interprété comme étant un amour chevaleresque, où l’homme doit mériter sa dame par des exploits.

Et la plupart du temps, il est considéré comme une relation de soumission de l’homme envers la femme. Et ques an est li passages ? Et quel en est la voie de passage ? L’amour courtois s’avère être indépendant de toute idée, de toute réflexion, de toute pensée. Il est calqué sur la nature, l’écoute et l’attention des sentiments et des sensations, en opposition donc à des schémas imaginés ou réfléchis provenant de l’intelligence. Cette idée est représentée dans les textes avec Amour qui est toujours en opposition avec Raison.

Bien qu’on pense souvent que l’amour courtois ne va que dans un sens, l’homme au service de sa dame, ceci est l’essence de la féodalité qui impose en effet une soumission et une inégalité, mais non l’essence de l’amour courtois. C’est même précisément son ennemi qu’il essaye de combattre par les chansons. D’amor non dey dire mas be. Quar no n’ai ni petit ni re ? Le respect de ces règles peut aussi entraîner leur transgression. Ces jugements étaient rendus lors des cours d’Amour.

L’amour est si habile , si ingénieux,qu’il a de quoi récompenser tous ceux qui se dévouent à son service. Je ne vois jamais de serviteur fidèle et zélé qui n’obtienne enfin son juste salaire. On voit bien qu’il n’a pas été à l’école des dames. Ainsi, la pureté de l’amour et la beauté de la relation ne résulte pas que de l’attention de l’homme, mais aussi celle de la femme. Cette construction qui se fait à deux et non grâce à un seul se traduit bien dans Erec et Enide, où l’histoire se résume en un homme qui fait éprouver sa femme qui a eu des doutes sur lui. Il la teste donc pour voir si elle est honnête et l’aime d’un amour pur.

Cette attention envers les sensations et les sentiments va donc aboutir à une philosophie de vie visant à respecter les règles qui régissent ces dynamiques naturelles et biologiques des relations humaines. Ainsi, un homme ou une femme les connaissant et les respectant aura mérité le surnom de courtois. C’est cette particularité des française et occitane de mettre l’accent sur la finesse et la description détaillée et raffinée des relations amoureuses, des péripéties d’une histoire d’amour et des ressentis et des questionnements intérieurs que cela implique. L’amant courtois doit passer par un certain nombre d’étapes codifiées, qui portent un nom et permettent d’évoluer dans « la hiérarchie ».

Ces multiples stades étaient désignés par des noms, Entenhador, Fenhador. Au fur et à mesure ils se donnaient le droit à de nouvelles entrevues secrètes, difficiles à mettre en place, y vivant des rapprochements légers comme ailes de papillon. D’abord, la Dame pouvait accepter de montrer ses pieds nus, ou ses épaules Peut-être le troubadour pouvait-il inspirer la senteur de ses cheveux, puis devait s’éloigner. Les effleurements constituaient encore un stade ultérieur. Un mode de vie hors dogmes, hors mariages, bien que les amants puissent se marier comme on le voit dans Chrétien de Troyes, mais non platonique et ancré dans les sens et le corps autant que l’esprit et l’âme. Elle peut feindre l’indifférence, en fonction de son attention aux règles de l’amour courtois ou non.

Ce nouveau concept entra souvent en conflit avec la loyauté envers le suzerain et difficilement avec la courtoisie au sens de galanterie, et même avec la vaillance que le chevalier devait continuer à entretenir. La vision de l’amour courtois s’imposa progressivement dans les cœurs et permit de laisser une place à l’amour dans la vie quotidienne. Cette ritualisation du jeu amoureux peut être liée à la codification de la chevalerie, tout en lui étant antagoniste. La période précédente est idéalisée, comme ses héros qui sont transformés pour incarner des modèles de chevalerie. Parallèlement, de grands ordres de chevalerie sont créés, et codifient les attitudes de ses membres,  pour faire revivre l’idéal chevaleresque de l’ancien temps . Jean-Baptiste de La Curne de Sainte-Palaye, Histoire littéraire des troubadours, Paris, Durand neveu, 1774, 2 volumes.

Raynouard, La Grammaire des troubadours, 3 vol. Raynouard, Choix des poésies originales des troubadours, 6 vol. Matfre Ermengau, Le Breviari d’amor, introd. Reto Bezzola, Les Origines et la Formation de la littérature courtoise en Occident, 5 vol. René Nelli, L’Érotique des troubadours, Toulouse, Privat, 1963. Jean-Claude Vadet, L’Esprit courtois en Orient dans les cinq premiers siècles de l’Hégire, Maisonneuve et Larose, Paris, 1968.

Henri-Irénée Marrou, Les Troubadours, Seuil, coll. Jean Markale, L’Amour courtois, ou le couple infernal, Paris, Imago, 1987. Michel Larroque, Esquisse d’une philosophie de l’amour, L’Harmattan 2006. Céline et Pierre Lassalle, L’Héroïsme de l’amour, de l’amour courtois à l’amour vertueux, De Mortagne, 2009. Chevaliers et tournois au Moyen Âge, Paris, Autrement, 2010.

Le spectacle des joutes : sport et courtoisie à la fin du Moyen Âge, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. Rachel Ariélien,  Ibn Hazm et l’amour courtois , Revue de l’Occident musulman et de la Méditerranée, 1985, vol. Laure Verdon, Le Moyen Âge, Paris, Le Cavalier Bleu éditions, 2003, coll. Benjamin Péret, Anthologie de l’amour sublime, Albin Michel, 1988, p.