Le modèle japonais à l’épreuve des faits PDF

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Merci aux 35000 visiteurs qui consultent ce site chaque mois. 70 psychologue 70 psychiatre 70 psychanalyste 70. 70200 lure luxeuil vesoul saint-sauveur saint-loup 70800 saulx roye 70200 faverney 70160 conflans sur lanterne. Saône 70 psychiatre haute saône 70 port sur Saône ronchamp 70250. Après la  » grande transformation  » que décrivit Karl Polanyi en 1944, qui installa ce que l’on nomme à présent  » l’Anthropocène « , une immense transformation se produit, qui ouvre une alternative. L’immensité de la transformation en cours est liée à la fois à la vitesse de ses effets et à leur globalité.

L’Anthropocène est un  » Entropocène « , c’est-à-dire une période de production massive d’entropie précisément en cela que les savoirs ayant été liquidés et automatisés, ce ne sont plus des savoirs, mais des systèmes fermés, c’est-à-dire entropiques. Un savoir est un système ouvert : il comporte toujours une capacité de désautomatisation productrice de néguentropie. Fondé sur la prolétarisation et la destruction des savoirs, le modèle de redistribution des gains de productivité par l’emploi est lui-même condamné. Un autre modèle de redistribution doit être conçu et mis en oeuvre, qui garantisse la solvabilité macro-économique de l’automatisation numérique. L’Anthropocène est insoutenable : c’est un processus de destruction massive, rapide et planétaire, dont le cours doit être inversé.

Le nouveau critère de redistribution qu’il s’agit de mettre en oeuvre dans l’économie du Néguanthropocène doit être fondé sur une capacité de désautomatisation qu’il faut ressusciter. Amartya Sen rapporte la capacitation au développement des libertés, qu’il définit comme étant toujours à la fois individuelles et collectives :  » La liberté individuelle est un engagement social « . Sen est fidèle en cela aux points de vue kantien aussi bien que socratique. C’est comme liberté que la capacitation constitue la base du dynamisme économique et du développement :  » La liberté apparaît comme la fin ultime du développement, mais aussi comme son principal moyen « . Je voudrais prolonger ces propositions de Sen par une autre analyse, qui conduit à d’autres questions. Elle permet en particulier d’instruire le rapport que les individus psychiques et collectifs pourraient nouer avec les automates pour aboutir à des productions individuelles et collectives de bifurcations néguentropiques dans un système industriel et économique qui, en s’automatisant massivement, tend à se fermer. L’Anthropocène, en tant qu’il est un  » Entropocène « , accomplit le nihilisme comme le nivellement insoutenable de toutes les valeurs et le sursaut impératif d’une  » transvaluation  » faisant ressurgir une  » économie générale  » au sens de Georges Bataille, dont j’ai tenté de montrer ailleurs que c’est une économie libidinale revisitée.

Le mouvement que je décris ici n’est sans doute pas une transvaluation en un sens strictement nietzschéen. S’il y a un avenir, et non seulement un devenir, la valeur de demain sera la néguentropie constitutive de l’économie à venir du Néguanthropocène. Le problème que pose un tel point de vue sur l’avenir est d’évaluer ou de mesurer la néguentropie. Ce qui est entropique sous tel angle est néguentropique sous un autre angle. Ce que l’on appelle l’inhumain est une façon de nier les possibilités néguentropiques de l’humain, c’est-à-dire de sa liberté noétique et de son agentivité résultante. Il ne peut en aller ainsi que parce que l’anthropologique est hyperentropique tout aussi bien que néguentropique à la puissance deux : l’anthropos est organologique, c’est-àdire pharmacologique, ou encore, comme le dit Jean-Pierre Vernant, constitutivement ambigu. On serait d’ailleurs aussi obligé de dire qu’une éphémère, parce qu’elle est éphémère, n’est rien.

C’est à la lettre ce que nous dit l’anthropologue. Face à cela, je me définis moi-même comme  » néguanthropologue « . D’autre part, que sa sophistique amère et désabusée néglige gravement deux points. Freud dans Au-delà du principe de plaisir et Blanchot dans L’entretien infini. Ce détour en quoi consiste la vie technique, c’est le désir comme pouvoir d’infinitiser. En consommant et, ce faisant, en dissociant ce que Lévi-Strauss appelle des  » structures « , toute créature vivante participe à une augmentation locale d’entropie tout en produisant de façon plus locale encore un ordre néguentropique.

Ce que Derrida appelle la  » différance « , si l’on pouvait rapporter la néguentropie à ce concept, c’est avant tout une affaire d’économie et de détour. Simondon appelle le processus d’individuation psychique et collective. Les artifices sont d’autres détours, euxmêmes plus ou moins éphémères, comme les insectes nommés éphémères, et ils sont ni plus ni moins  » sans pourquoi  » que les roses tant appréciées en Grande Bretagne, qui sont d’ailleurs elles-mêmes artificielles pour l’essentiel. Mais ces artifices, en tant qu’ils donnent des arts et des oeuvres, d’art autant que de science, peuvent s’infinitiser et infinitiser leurs destinataires au-delà d’eux-mêmes, c’est-à-dire au-delà de leur propre fin, les projetant dans la protention infinie d’une promesse toujours encore à venir, seule capable de trouer l’horizon du devenir indifférencié. On pourra rétorquer à ce que j’objecte à Lévi-Strauss que la néguentropie organologique, et non seulement organique, qui constitue ce que je décris ainsi comme le néguanthropos, est un accélérateur d’entropisation qui précipite la fin et qui, de ce point de vue, raccourcit ce qui est finalement l’essentiel, à savoir le temps de cette différance.