Occupation, épuration, reconstruction. Le monde de l’entreprise au Havre (1940-1950) PDF

L’épuration à la Libération occupation, épuration, reconstruction. Le monde de l’entreprise au Havre (1940-1950) PDF France visait les personnes ayant collaboré avec les autorités d’occupation nazies. Une épuration politique et antisémite par le régime de Vichy avait eu lieu entre 1940 et 1944. Ces exécutions sont alors l’objet d’une légende noire, où les chiffres deviennent de vrais arguments dans les tentatives de réhabilitation de certains collaborationnistes. Par la suite l’épuration judiciaire prend le relais.


Dès l’été 1940, les entreprises havraises sont contraintes de répondre aux commandes des autorités allemandes. Métallurgie, construction navale, bâtiment et travaux publics, commerce et artisanat : plusieurs dizaines d’unités productives sont mises au service de l’occupant. Bientôt, une main d’œuvre importante sera conduite vers les chantiers du Mur de l’Atlantique ou vers les usines en Allemagne. Le Havre est un bon observatoire de l’économie d’occupation en France. La micro-histoire d’entreprise et les archives de l’épuration révèlent la coexistence, ici comme ailleurs dans la France occupée, des adaptations à la contrainte, des conduites zélées, et des attitudes de résistance. Comment les milieux patronaux et le monde syndical ont-ils accueilli les initiatives de Vichy qui incitaient le monde de l’entreprise à se soumettre aux volontés de l’occupant ? Quelle a été l’ampleur de l’aryanisation des entreprises ? Loin du jugement moral rétrospectif, ce livre propose une lecture des situations et un bilan de la collaboration économique.

Avec la Libération et le retour de la République, vient l’heure de l’épuration. Il s’agit de sanctionner « ceux qui ont favorisé les desseins de l’ennemi ». Est-il vrai, comme on le dit parfois, que seuls les « lampistes » ont payé ? Quelles sont les sanctions qui ont été appliquées ? Les entreprises utiles à la reconstruction ont-elles été relativement épargnées comme ce fut le cas dans d’autres villes ? La reconstruction urbaine et portuaire et la reconstitution des entreprises sinistrées se sont-elles effectuées au même rythme ? Aujourd’hui, le souvenir de la tragédie du bombardement allié de septembre 1944 et la célébration du patrimoine de la reconstruction ne font-ils pas écran, dans l’imaginaire du Havre, aux réalités de l’Occupation et de la sortie de guerre ?

Claude Malon est docteur en histoire de l’université Paris IV-Sorbonne. Il a reçu en 2006 le prix Luc Durand-Réville de l’Académie des sciences d’outre-mer pour son livre Le Havre colonial de 1880 à 1960.

L’épuration touche tous les secteurs d’activité et toutes les couches de la société. L’épuration est très rapidement un sujet polémique. Les premiers à écrire sur ce thème sont les épurés eux-mêmes ou les épurateurs, ce qui ne favorise pas la neutralité des propos. De plus les journaux d’extrême droite, ainsi que les anciens vichystes ou leurs avocats relaient la légende noire de l’épuration, avançant des chiffres de massacres et d’exécutions souvent exagérés.

Le cinquantenaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, au milieu des années 1990, fut l’occasion de nombreuses études permettant d’éclairer d’une lumière nouvelle cette période extraordinaire, au sens propre du terme, qu’est la Libération. La Libération prend dans certaines régions des allures d’émeute ou de guerre civile. Cependant toutes les régions françaises fraîchement libérées ont connu une épuration extra-judiciaire, tout d’abord durant l’occupation où des collaborateurs furent exécutés. Lorsque des collaborateurs sont tués par des résistants organisés, la décision émane le plus souvent d’une  cour martiale  ou d’un  tribunal  de fait. Dans le cas d’actes individuels, l’auteur ne s’embarrasse pas de semblant de légalité.

Très tôt, l’Épuration est un sujet pour les libraires et les journaux, mais au début, ce sont surtout des témoignages d’épurés ou d’épurateurs peu enclins à en donner une image neutre. Les journaux d’extrême droite et d’anciens vichystes relaient la légende noire de l’épuration. Le gouvernement ne dément pas les chiffres qui circulent. Ainsi, en novembre 1944, le ministre de l’intérieur Adrien Tixier, avance le chiffre de 100 000 victimes de l’épuration. La seconde enquête plus pointue, intervient en 1952. Elle sépare 8 867 morts soupçonnés de collaboration, et 1 955 victimes pour lesquels on n’a pas pu déterminer de mobile.

Son Histoire de l’épuration comporte trois tomes. Le dernier compte-rendu de l’étude lancée en 1967, sur la répression des faits de collaboration, est fait dans la revue Vingtième siècle. Henry Rousso, dans un article intitulé :  L’épuration en France : une histoire inachevée . Avant même le vote de cette loi, les familles de victimes d’exécutions extra-judiciaires se sont vu pour beaucoup refuser une enquête digne de ce nom ce qui a abouti à une amnistie de fait entérinée ensuite par une amnistie de droit. L’enquête gouvernementale de 1948 donne 791 condamnations à mort exécutées, et celle de 1952, 767 exécutions. Gaulle et le général Henri Giraud. Cette ordonnance institue une commission d’épuration pour une durée de trois mois.

Afrique du Nord de novembre 1942, des hauts fonctionnaires de Vichy, et même un ancien ministre de l’intérieur Pierre Pucheu furent faits prisonniers. Ce dernier est inculpé fin août 1943. Une dizaine de départements n’ont pas de lieu d’internement, alors que d’autres en possèdent plusieurs. En décembre 1944, le ministère de l’Intérieur donne une liste de 171 sites d’internement. Ce sont des camps, mais aussi, un lycée, des casernes, des châteaux, etc. Dans la région toulousaine, c’est le camp de Noé qui est mis à contribution. Le chiffre des internés est difficile à donner.

Les archives nationales conservent des données du ministère de l’Intérieur indiquant la présence de 49 000 internés environ en décembre 1944. Ce qui est un minimum, les données du ministère n’intégrant pas quelques départements, et l’Alsace-Lorraine n’est pas libérée. Des nomades, des trafiquants du marché noir et quelques droits communs complètent les données. Au début de la Libération les camps servent aux groupes de résistants pour entasser les suspects arrêtés partout, par tous. Afin de répondre aux enjeux de gestion desdits camps, Adrien Tixier crée dès le 31 octobre 1944, des commissions de contrôle des camps d’internement et des assignations à résidence. Une commission nationale mise en place à Paris se charge des difficultés de ravitaillement, de l’afflux soudain d’internés, dans les zones de combat, des conditions d’internement.