Stendhal. : Henri Beyle PDF

La Chartreuse de Parme est un roman de formation : c’est dire que le roman nous fait assister à l’évolution d’un personnage qui, au gré d’aventures diverses au cours desquelles il se cherche, finit par se trouver et se constitue sous nos yeux en tant que  héros. S’il n’est pas évident que Fabrice soit toujours le « héros » de La Chartreuse de Parme, c’est néanmoins autour de lui que s’articulent les premiers chapitres. Fabrice appartiennent à un passé déjà mythique : le Milan de 1796 où pénètre l’armée napoléonienne se réveille soudain aux sons joyeux stendhal. : Henri Beyle PDF ces soldats en guenilles, tous jeunes et enthousiastes, et commandés par un général qui n’a pas vingt-sept ans. Fabrice fait naturellement émerger l’enseignement superstitieux de l’abbé Blanès qui nourrit sa conviction héroïque d’une secrète connivence des choses.


Son attention à tous les signes qui émaillent sa route laisse croire qu’un destin spécial lui est réservé. Fabrice, couvée par sa tante, est marquée par la contemplation lyrique autant que par la rêverie héroïque : il s’enchante ainsi des vieilles prouesses des héros, s’abîme dans la lecture du Tasse et de l’Arioste comme Don Quichotte dans celle d’Amadis de Gaule. Ainsi rien ne manque à « notre héros » pour figurer dignement parmi les grandes figures de l’épopée. Il nous faut de plus près en considérer les raisons. Notre impression de désordre, la dérision constante du narrateur à l’égard de son personnage orientent délibérément notre lecture vers une démythification de la bataille de Waterloo. La plus grande discordance entre l’idée et la réalité est le temps, le déroulement du temps comme durée. Homère et son grandissement systématique par l’hyperbole des actions et des personnages.

Fabrice est tantôt rêveur et distrait, tantôt curieux de détails dérisoires dont il ne parvient pas à saisir l’origine. Stendhal ces « intrusions d’auteur » qui le font juger ses personnages et établir une sorte de connivence ironique avec le lecteur. C’est sans doute déroger quelque peu à la focalisation interne et retrouver tout à coup les privilèges du démiurge. Lukacs met enfin en valeur les liens que le roman entretient avec la durée. Figée dans l’épopée, celle-ci prend au contraire dans le roman un caractère d’écoulement et de dégradation. Nécessaire à la maturation du héros, le temps joue aussi contre lui en ce sens qu’il le fait évoluer et donc renoncer à ses illusions.